Mise à jour (ELTE 10)

La terre, 3e planète du système solaire. Petite planète, surpeuplée par de
petits appareils demandant à être mis à jour régulièrement. Un certain créateur
de logiciel proposa l’idée de faire les mises à jour une fois par mois, un jour
particulier. Ce créateur était-il inspiré de ce qui existait déjà et qui était
effectué régulièrement ? Nul ne le saura.

« — Cette fois, c’est terminé. »
Alex, une fois le dernier appareil mis à jour, fut satisfaite. Elle effectuait
cette opération régulièrement, les différents appareils exigeaient une
maintenance mensuelle afin de rester opérationnels.
« — Le dernier truc à mettre à jour, c’est la Terre. Vaste affaire. Heureusement
que ce n’est pas mon tour cette fois-ci. »
Satisfaite, cette opératrice s’en alla dormir.
Son coéquipier, habitué, devait s’occuper de la mise à jour. La Terre
nécessitait en effet des mises à jour régulière, non pas pour régler
correctement les saisons, ça, c’est Gaïa qui s’en occupait, mais plutôt pour
corriger de petites trajectoires¹, ajouter la vitesse de rotation, contrôler la
force de Coriolis, et deux trois autres trucs du même genre.
Jean arriva en avance, regarda ses écrans de contrôle, et sorti le cahier
réglementaire d’opération de maintenance. Tout devait y être consigné.
Constatant qu’il ne restait qu’une demi-page vide à la fin du cahier, il prit un
nouveau cahier, nota la référence de l’ancien à l’emplacement prévu sur le
nouveau, barra la demi-page vide de l’ancien, et nota la référence du nouveau
cahier sur l’ancien cahier. Cet acte, semblant rébarbatif au premier abord,
était une exigence de la personne ayant fiabilisé toutes les opérations. Cela
permettait d’avoir une traçabilité, certes, imparfaite, mais nettement plus
fiable que de simples rapports oraux ou tenant sur une feuille volante.
Reprenant l’ancien cahier, Jean relu les dernières pages, afin de s’informer
d’éventuels problèmes s’étant déroulés ces derniers mois. 𝘢 𝘱𝘳𝘪𝘰𝘳𝘪, rien
d’anormal.
Soudain, il se rappela.
« — Au fait, c’est pas aujourd’hui que le nouvel employé devrait arriver ? »
Pris d’un doute, il se rendit au secrétariat. En posant la question à Monique,
Jean eut la confirmation.
« — Dominique vient d’arriver. Il vient de recevoir son badge à l’accueil.
— Très bien, je vais aller le chercher, j’ai peur qu’il ne se perde dans ce
dédale de couloirs si jamais il se déplaçait seul. »
Jean se rappela de son arrivée, du nombre de fois où il se perdit dans ce
labyrinthe, et il espérait à chaque fois de ne pas se retrouver face à un
minotaure. Heureusement que ce n’était pas un labyrinthe en rhizome².
Quelques minutes plus tard, Jean retrouva Dominique. Il n’avait pas bougé de
l’accueil. L’hôtesse lui ayant déconseillé de sortir de la pièce.
« — Bonjour Dominique. Prêt pour cette journée ?
— Bonjour Jean. Alex n’est pas là aujourd’hui ?
— Non, elle vient de finir sa journée. Elle est en repos jusqu’à la semaine
prochaine.
— D’accord.
— Vous connaissez les lieux ?
— Oui, je fus accompagné par deux personnes, dont j’ai malheureusement oublié
les noms. Je pense avoir retenu l’essentiel, comme la salle de contrôle, le
secrétariat, l’accueil, la salle de repos, les toilettes et où se trouvait la
machine à café³.
— Parfait alors. »
Discutant de choses et d’autres, les deux techniciens arrivèrent devant la
lourde porte blindée. Derrière cette porte, se trouvait la salle de contrôle,
dont l’accès était non seulement réglementé, mais également protégé.
Une fois entrés, Dominique remarqua un poster étrange accroché au mur. Il s’en
approcha.
« — Ça, c’est un arbre de Porphyre. Dessus est détaillé toutes les opérations de
maintenance pouvant être faites. Certes, la représentation peut paraître bizarre
pour quelqu’un habitué à un diagramme d’activité ou à un arbre binaire, mais on
s’y fait vite. » Une fois l’explication donnée, Jean s’éloigna. Dominique le
rejoignit peu après.
« — Savez-vous ce que nous effectuons ici, Dominique ?
— Vaguement. On m’a expliqué lors du recrutement et lors de la visite, dans
cette pièce, on effectue les différents ajustements de la trajectoire terrestre.
— C’est un bon résumé. Il y a d’autres ajustements et vérifications qui sont
également faites. Vous avez une formation de géologue, je crois.
— Oui. J’ai effectué un changement de branche, parce que la mécanique quantique
et tout le bagage technique pour être physicien me dépassait complètement. J’ai
toutefois validé ma première année.
— Donc, ça devrait aller pour les bases. Avez-vous des connaissances en
informatique ?
— J’étais le président du club info à la fac. Même si je n’étais pas le
meilleur, je me débrouille pas trop mal.
— OK. On peut donc commencer. »
Sur ces mots, Jean avança vers le pupitre, quand soudain, son pied percuta
quelque chose. Une petite boîte noire effectua un petit vol d’une cinquantaine
de centimètres.
« — Le contrôleur est encore tombé ? Combien de fois faudra-t-il le signaler à
l’équipe de maintenance que la patte de maintien en plastique est trop fragile
et qu’à chaque secousse tellurique⁴, le boîtier tombe. »
Se baissant, Dominique constata en effet les pattes cassées.
« — Pourquoi ne pas l’avoir fixé sur un rail métallique ?
— Ça, ça a déjà été suggéré, mais on nous a dit que ça pouvait provoquer des
parasites. »
Jean reprit le cahier réglementaire d’opération de maintenance.
Dominique lut ce que Jean écrivait.
« — Problème rencontré : boîtier de contrôle encore au sol. Dépannage accidentel
via la méthode de hypoaristerolactothérapie. »
Face au regard interrogateur de Dominique, Jean répondit :
« — Ne faites pas attention à ça, les techniciens comprendront.
— Si vous le dites. Du coup, est-ce qu’il faut rebrancher ce boîtier ? Parce que
là, les fils pendent. »
Avant que Jean ne se baissât, Dominique avait déjà pris le boîtier en main et se
glissa sous le bureau.
« — C’est plutôt sombre là-dessous, mais ça devrait aller. Là, c’est bon, c’est
rebranché. »
Regardant les voyants, Jean constata que l’un d’entre eux était rouge.
« — Non, il y en a deux d’inversés. Ah, là c’est bon, ne touchez plus à rien. »
Se relevant, Dominique vit également que tous les voyants étaient au vert.
« — Cela permet d’éviter tout problème. À la moindre anomalie, tout doit être
interrompu et le plan d’annulation doit être suivi, afin d’éviter toute
catastrophe. »
Jean, posant ses mains sur le clavier, regarda l’écran de contrôle. Faisant
défiler le contenu de deux fenêtres, il déclara
« — La maintenance d’aujourd’hui sera simple. Une légère réduction de la vitesse
de rotation devrait suffire pour corriger la force de Coriolis. Je vous montre
comment faire en mode simulation, puis avant de le faire pour de vrai, refaites
la même manipulation en mode simulation.
— Très bien. Montrez-moi comment faire. »
La manipulation fut effectuée deux fois, une fois par Jean, l’autre fois par
Dominique. Aucun problème ne survint.
Au moment de valider la manipulation pour de vrai, le boîtier de contrôle
effectua une mise à jour automatique, et désactiva toutes les sécurités.
Constatant le voyant passer au rouge, Dominique ne valida pas l’opération et se
baissa.
« — Aurais-je mal fixé un câble ? »
Débranchant et rebranchant tous les câbles, deux par deux, Dominique inversa par
accident deux câbles. La mise à jour fut interrompue, le voyant indiquant le
défaut repassa au vert, puis clignota. Vert, rouge, vert, rouge…
Jean contrôla tous les paramètres, ne constata pas de défaut. Pendant ce temps,
le boîtier de contrôle effectuait sa mise à jour.
Après quelques minutes, et ne voyant pas le voyant repasser au vert, Jean pensa
que la carte dans le boîtier était endommagée.
L’écriture de ce problème dans le cahier réglementaire d’opération de
maintenance prit un peu de temps, le boîtier pu terminer sa mise à jour. Le
voyant cessa de clignoter et resta sur le rouge.
Jean déclara :
« — bon passons outre ce défaut, vous pouvez lancer l’opération. ».
Dominique acquiesça, et appuya sur la touche « Entrée ».
Suite au mauvais fonctionnement, combiné à une mise à jour automatique non
planifiée, et l’inversion de câbles sur le contrôleur, l’ordre de rotation dans
le sens inverse fut envoyé à la Terre.
Et La Terre Éclata !

#ELTE <https://social.nah.re/tags/elte>
#MercrediFiction <https://social.nah.re/tags/mercredifiction>

¹ : Pas besoin de fusées placées à l’envers et pilotées par d’antiques Pentium I.
² : Ce type de labyrinthe change sans cesse de forme. Cependant, si on sait où
on va, il n’y a aucune chance de s’y perdre.
³ : Probablement le truc le plus important à savoir dans toute entreprise : où
se situe la machine à café.
⁴ : J’avais tapé « sismique », mais Grammalecte me proposa « tellurique ». NDLA.